Critique : Childish Gambino – 3.15.20

Si la semaine dernière semble maintenant éternelle pour la plupart d’entre nous, un éon géologique s’est écoulé depuis que Donald Glover, un acteur de télévision américain de renommée moyenne à l’époque, a été largement ridiculisé comme un dilettante du rap. Son premier album en 2011 en tant que Childish Gambino, Camp, a attiré la curiosité et le dédain.

Maintenant, le quatrième effort studio de Glover, nommé d’après le jour où il a été diffusé pour la première fois avec peu d’avertissement via donaldgloverpresent.com, ressemble à l’un des événements musicaux majeurs de l’année.

Plus de trois ans déjà après Awaken My Love, le rappeur est donc de retour avec 12 nouvelles pistes qui, pour la plupart, ont un nom qui correspond au timecode du disque. Il se présente sous deux formes, l’une sans rupture de piste, créditée à Donald Glover, et l’autre, créditée à Childish Gambino.

Une belle surprise donc que ce 3.15.20 soit sorti sans tambour et ni trompette, mais pas sans effet.

Cet album est peut être celui qui divisera le plus les fans, en effet, Glover nous propose un album dense et fourmillant de détails, voguant entre hip-hop, soul, funk, pop, toujours imprégné du talent insatiable de son auteur.

« Cover 2 », l’autre pochette de l’album.

Si l’album pourra dérouter par son côté déconstruit, Childish Gambino y évoque avec fatalité le destin du monde à travers sa propre vision de sa célébrité (19.10), les questionnements de chacun face à son devenir (Time) les armes à feu (39.28) ou la violence de la société actuelle (47.48). Mais l’artiste américain retrouve la lumière en fin de disque avec le déjà célèbre  Feels Like Summer, sorti en septembre 2018, et 53.49 dans lequel il évoque avec réjouissance sa vie et son rôle de père.

Mais une chose est sure, ceux qui n’aiment pas ce que fait Glover d’habitude ne seront pas plus convaincus par cet album. Les inconditionnels n’ont pas de condition.

Retrouvez le 3e album de l’artiste Awaken my love!

Quant aux autres, ceux qui n’ont pas un avis tranché, et bien il y a un risque : que ça soit l’album dans lequel le génie de Glover s’impose. Des morceaux tous différents, reconnaissables tout de même malgré le caractère expérimental de certains. Le monsieur n’a pas sacrifié son identité musicale, qui reste rythmée, aventureuse, magnifique.

Qu’on se le dise, l’album intemporel n’existe pas. Une sortie reste à jamais ancrée dans son époque, elle paraît dans un contexte qu’il faut toujours considérer. Il y a la vie de l’artiste, son état instantané, sa période, mais aussi son environnement. Celui qui entoure 3.15.20 est impossible à ne pas considérer en ces temps de crise mondiale. C’est d’ailleurs peut être pour cela que le titre de l’album n’est qu’une simple date assortie à une pochette en monochrome blanc, comme si rien n’était plus important que l’instant présent. Pour toujours, ce disque sera celui du 15 mars 2020, et c’est à travers ce prisme là qu’il faut l’écouter.

Une nouvelle réussite donc pour Childish Gambino dont on espère qu’il ne s’agira pas de son dernier album, comme il le déclarait il y a quelques temps.

8/10

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